Les textes de l'album
"Ainsi va la vie".

Ainsi va la vie
Tous les chats sont gris,
Même ceux de ma mère.
Ainsi va la vie,
Je pense à toi mon père.
Mon père, toi qui me disais :
« Je n’en voudrais jamais »,
Sûrement que tu souris
Là-haut dans ton paradis.
Depuis que t’es parti,
J’ai pris quelques années,
Quelques kilos aussi.
Je n’t’ai pas oublié.
Oublié ton visage tout rond,
Ton foutu caractère,
Ta casquette sans pompon,
Sans doute celle que j’préfère.
Les histoires de famille,
Ça fait toujours d’la peine.
Tout ça c’est des broutilles
Pour n’pas se dire je t’aime.
Je t’aime, tu le sais mon Amour.
Je n’le dis pas souvent,
Ni même à nos enfants,
Mais c’est pourtant d’l’Amour.
Et voilà, c’est ainsi,
Je ressemble à mon père.
C’est le sens de ma vie,
Un foutu caractère.
Caractère, bien sûr qu’il en faut
Pour affronter la vie.
Sinon, pas de vieux os,
Direct au paradis.
Faut d’abord qu’il existe
Ce foutus paradis.
Encore un tour de piste,
J’suis pas pressé et puis….
Et puis, pourquoi pas centenaire.
Avec un p’tit peu d’chance.
Un jour, faut bien s’y faire,
Je f’rai ma révérence.
Perlimpinpin
Les histoires qu’on s’invente,
Comme quand on est gamin,
Perlimpinpin, c’est pas fait pour les chiens !
Dans la cour d’la récrée,
On joue à la marelle,
Aux billes et aux osselets,
A marabout d’ficelle.
Les filles et les garçons,
S’amusent à saute-mouton,
Avant d’se mesurer
A la corde à sauter.
On grimpe dans les arbres
Pour construire des cabanes,
On se fabrique des armes
En bois, des sarbacanes,
On se jette des cailloux,
On joue à se faire peur.
Attention gare au loup,
Aux gendarmes, aux voleurs.
On s’amuse à sonner
Aux portes des maisons,
Ça fait bouger l’quartier,
Surtout râler les cons.
On court sur les trottoirs,
Attention, sauve qui peut,
On pourra faire ce soir,
Toutes les bêtises qu’on veut !
On traine en culotte courte,
En tee-shirt, à bras nus,
En bande sur la route,
La rue, elle est à nous.
J’veux bien encore une fois
Courir dans les champs,
Sautiller dans les bois,
Jouer à faire semblant.
Les histoires qu’on s’invente,
comme quand on est gamin,
Perlimpinpin, c’est pas fait pour les chiens !
Fragile
Une petite vie fragile
Au fond de ta tanière,
Et tu restes tranquille,
Peinard et solitaire.
Tu écoutes les copains
Raconter des histoires,
Qu’ils s’inventent au matin
Après l’amour du soir.
T’as trouvé ta famille
Autour d’une guitare,
La vision d’une fille
Qui cogne à ton brouillard.
Tu travailles toujours
A pénétrer les gens,
L’illusion d’un retour
Aux sources dans les champs.
Tu découvres tes amis
Autour d’une bière,
Partager vos envies,
Partager vos misères.
Tu es pareil au vent,
Tu n’as pas de couleurs,
Toi tu vis seulement,
C’est là ton vrai bonheur.
Comme toi, comme moi,
On veut s’identifier
Pour se donner parfois
L’impression d’exister.
C’est vrai, tu as besoin
Des autres pour marcher.
Il te suffit d’un rien
Pour y croire, te trouver.
Regarde, tu vis déjà,
Mais tu ne le sais pas.
Il te faut pour cela,
Aimer, tu comprendras.
Je m’en souviens !
Tiens, je m’souviens tout gamin,
De l’époque des copains,
De la plaine à « Merlan ».
Nous, on courait après l’train,
Qu’on entendait au loin,
A travers les champs.
Y avait des coquelicots
Et du blé, c’était beau.
Moi, ça m’arrive parfois,
J’ai le cœur en émoi,
Quand je pense aux saisons.
Celles comme quand j’étais enfant,
L’hiver comme le printemps,
Ou l’été ! D’toute façon,
Y a plus qu’la chute des feuilles
Qui recouvrent le seuil
Des maisons d’ouvriers,
Au milieu du quartier.
Tiens, j’me souviens du glacier
Qui venait klaxonner
Pour vendre ses cornets,
A tous les mômes qui passaient,
Leurs deux mois, sans jamais
Partir de la citée !
Avec mes sœurs, mes frangins,
Moi, j’m’en souviens.
Ça arrivait qu’on s’payait
Un kiosque à la journée
Dans l’sable face à la mer !
On aimait bien respirer
L’odeur des crustacés,
Ça n’coûtait pas bien cher !
Dans les vagues déchainées,
On courait se baigner
Avant d’aller manger
Quelques frites salées.
Tiens, j’m’en souviens comme d’hier,
Du rire de ma grand-mère,
Mon grand-père rouspéter,
De nos dimanches en famille,
Nos précieux sacs de billes,
Nos cabanes fabriquées,
De mon père, de ma mère,
Leurs disputes sévères.
Moi, je suis fils d’ouvrier,
Et je sais ce que c’est,
Les fins d’mois sans le sou,
Et les ardoises à payer
Chez le p’tit épicier.
Ça peut paraitre fou,
Mais moi j’ai du respect,
Pour toutes ces années !
Et ça me fait du bien,
De dire, je m’en souviens.
Les chats de ma mère
Ils sont là dans la rue,
Tous les chats de gouttières,
Des matous « m’as-tu vu »
Avec la queue en l’air.
Ils aiment le poisson
Qu’ils trouvent dans les poubelles,
Au milieu des chiffons
Et des bouts de ficelles.
Tous les chats de ta mère,
Ils sont là bien au chaud,
Assis sur leur derrière,
A se gratter le dos.
Ils sont là n’importent où,
Dans toute la maison,
À miauler des miaous,
Pour n’importe quelle raison.
Ils regardent passer
Les mouches à l’horizon,
Plus besoin de chasser,
C’est une vraie vie de con.
Tous les chats de ta mère,
Ils sont là bien au chaud,
Assis sur leur derrière,
A se gratter le dos.
Une énorme côtelette
Ou une tranche de pâté,
Les souris font la fête,
Les chats sont rassasiés.
Une petite pirouette
Et deux ou trois ronrons,
Y en a même un qui pette,
Mais qu’est-ce qu’ils sont mignons.
Tous les chats de ta mère,
Ils sont là bien au chaud,
Assis sur leur derrière,
A se gratter le dos.
De minette à framboise,
Ils ont tous un prénom,
Y en a toute une ardoise,
Carambar ou chiffon.
De quoi être rassurée,
Leurs moustaches luisantes
Dépassent du canapé,
Je crois bien qu’ils t’attendent.
Car tous tes chats ma mère,
Ils sont là bien au chaud,
Assis sur leur derrière,
A se gratter le dos.
Du côté de chez moi
Du côté de chez moi,
On peut longer la côte
Et marcher à grands pas,
En enfilant des bottes.
Faire un tour au bord de la mer,
De la mer du Nord,
D’une petite commune sur la terre,
Entre Bray-Dune et Grand-Fort.
Les marins sont si vieux,
Qu’on peut, trouver parfois
De l’écume dans leurs yeux,
Ecouter leur histoire
Quand ils parlent du vent.
Il suffit de s’assoir
Avec eux sur un banc.
On entend les sirènes,
Annoncer quelquefois
Les bateaux qui reviennent.
Sur la dune légère,
Regarder l’horizon,
Le phare millénaire,
Usé par l’érosion.
Au mois de février,
Malgré la pluie, le froid,
La foule est sur les quais,
Dans la chaleur, la sueur,
Et l’odeur de morue.
Un hommage à tous les pêcheurs,
A jamais disparus.
Les chantiers ont fermé.
Les hommes d’autrefois
Partaient y travailler.
Dans l’bistrot des anciens dockers
On allait boire une bière.
La crise a dû passer par là,
C’est c’qu’on dit en tout cas.
Les nuages sont gris.
Les maisons ont des toits
En tuiles rouges aussi.
Si tu passes par là,
Arrêtes toi un instant.
Tu verras que tout ça,
Ça existe vraiment.
Du côté de chez moi…
Un seul verre à la fois
Quand je marche dans la rue,
Après deux ou trois verres,
Je ne les compte plus,
Ça deviendrait vulgaire.
Je ne bois presque pas,
Seul’ment de temps en temps.
Un seul verre à la fois,
J’arrête n’importe quand.
Allez vas-y Lulu,
Sers-moi encore un verre.
Je n’ai presque rien bu,
À peine quelques bières.
Pour un patron d’café,
Tu me sembles bien fier !
Vas-y, c’est ma tournée,
On arrose la terre.
Au fond de mon verre,
Il y a du soleil.
Je ne peux rien y faire,
C’est tous les jours pareil.
Ça commence comme ça,
Avec un premier verre.
On ne sait pas pourquoi,
Ça nous donne de grands airs.
On se met à chanter,
À crier à tue-tête,
À courir, à danser,
Et soudain tout s’arrête.
Dans le petit matin,
Tout passe de travers.
Le goût du mauvais vin,
Et la tête à l’envers.
J’ai presque plus d’argent,
Mais j’bois encore un verre,
Un diabolo flamand,
Un Ricard à l’eau d’mer.
Au fond de mon verre,
Il y a du soleil.
Je ne peux rien y faire,
C’est tous les jours pareil.
Une question d’âge
Quand on a 20 ans,
On est un peu fou,
On est insouciant,
On n’a pas le sou !
On aime faire la fête
Et boire de la bière,
Secouer la tête
Dans les salles de concerts !
Les qu’en dira-t-on,
Nous font croire que ça n’est pas bien sage,
Mais entre nous, de toute façon,
Ça n’est pas vraiment Qu’une question d’âge !
Quand on a 30 ans,
On se fout de tout,
On est élégant,
Ça fait des jaloux !
On aime faire la fête,
Encore boire des bières,
Et conter fleurette,
On n’a qu’ça à faire !
Quand on a 40 ans,
On est moins casse-cou,
On est bien conscient
Que ça n’vaut pas l’coup !
On aime faire la fête,
Toujours boire des bières,
Finalement peut-être,
Continuer de plaire !
Quand on a 50 ans,
Ça nous prend d’un coup,
On est grisonnant,
On est prêt d’ses sous !
On aime faire la fête,
Un peu plus pépère.
Pour le mal de tête,
C’est Alka-Seltzer !
Quand on a 60 ans,
Ça n’va plus du tout,
On compte les printemps,
On a des coups d’mou !
On fait moins la fête,
On évite la bière,
Et les cacahuètes,
On essaie d’bien faire !
Quand on a 70 ans,
On n’est plus dans l’coup,
On n’a plus 20 ans,
On oublie beaucoup !
On profite des fêtes,
Des anniversaires,
Pour manger les restes
Et finir les verres !
Quand on a 80 ans,
On n’tient plus bien d’bout,
On est finalement
De plus en plus mou !
On n’fait plus la fête,
Qu’entre deux cimetières,
C’est sûr qu’on regrette
Les salles de concerts !
Quand on n’a plus d’dents,
On s’rapproche du trou,
On est impotent,
On fuit de partout !
On n’s’prend plus la tête,
Avec nos misères,
On s’prépare en fait,
Pour la mise en bière !
Les qu’en dira-t-on,
Nous font croire que ça n’est pas bien sage,
Mais entre nous, de toute façon,
Ça n’est pas vraiment qu’une question d’âge !